à 53 ANS, il grimpe l'équivalent de l'Everest en 31 heures !

Publié par Ghostmonitor Inc. Collaborator le

L’homme qui a gravi le mur de Huy 67 fois d’affilée

Cyclisme - Histoire inspirante

A l’approche de la Flèche Wallonne, Cycling Heroes met à l’honneur Michel Thomé, un cycliste amateur qui a gravi le mur de Huy 67 fois d’affilée, soit l’équivalent du dénivelé de l’Everest. Pour le plaisir, et pour la bonne cause.

Pour la plupart des fans de cyclisme, en 2018, l’homme qui aura apposé sa marque sur le mur de Huy -cette côte très sèche qui accueille chaque année l’arrivée de la Flèche Wallonne- n’est autre que Julian Alaphilippe. Quelques mois après lui, en août précisément, un autre cycliste s’y est distingué, en écrasant un peu moins fort les pédales certes, mais en réalisant un exploit tout aussi admirable. Michel Thomé, un coureur du coin de 53 ans, qui a commencé le vélo au détour d’une crise de la cinquantaine, a gravi le mur 67 fois d’affilée, avalant ainsi l’équivalent du dénivelé de l’Everest en 31 heures d’effort. Alors que se profile l’édition 2019 de la Flèche Wallonne, Cycling Heroes a retrouvé ce héros anonyme pour retracer avec lui la genèse de cet exploit, accompli dans des pentes avoisinant les 20%.

Pouvez-vous nous expliquer comment vous en êtes arrivé à vous dire que vous alliez escalader 67 fois d’affilée le mur de Huy ?

Déjà, j’habite juste à côté. Comme ce mur est célèbre dans le monde entier, tout cycliste du coin est tenté de se tester dessus. La première fois que je me suis lancé, je l’ai monté trois fois, la seconde, 10 fois, la suivante, 27 fois, et la dernière, celle qui nous intéresse, 67 ! Je crois que je vais m’arrêter là, parce que c’est exponentiel, je ne suis pas sûr de pouvoir tenir le rythme.
Si je me suis mis à vouloir répéter les efforts à ce point, c’est que j’ai découvert sur Internet le principe de l’Everesting : il s’agit d’escalader une côte autant de fois que nécessaire pour atteindre 8848 mètres de dénivelé, soit l’altitude de l’Everest. Je crois que c’est un challenge un peu récent, c’est un Australien qui a lancé ça il y a une dizaine d’années. Il a même créé un tableau pour recenser les gens qui l’ont réussi. Dans le monde, il y en a quelques milliers (3262 exactement, ndlr), en Belgique on est qu’une vingtaine. Pour figurer dans le Hall of Fame il faut donner des preuves de sa performance, c’est pour ça que j’ai enregistré ma course sur Strava et sur mon GPS personnel en envoyant des photos qui plus est.

C’est le genre de challenge un peu maso quand même…

C’est vrai que j’ai un trait de caractère très ardennais : je ne renonce jamais. Je suis très têtu, je ne veux pas faire le malin, mais quand je me lance dans un truc, je le fais à fond. Ça ne me dérange pas de souffrir, la souffrance du sportif est assez caractéristique, il y a un plaisir à la dépasser.

Comment vous êtes-vous préparé pour cette performance ?

Pendant plusieurs mois, j’ai suivi l’entraînement spécifique proposé par l’inventeur de l’Everesting challenge. C’est un mélange entre des sorties sur très longue distance et des sprints de côte. Je faisais ça six jours par semaine, et bien que je sois un coureur néophyte, ça a suffi pour que je réussisse. Après, c’était quand même très prenant et exigeant. J’ai dû négocier avec mon employeur pour aménager mon emploi du temps professionnel, mais aussi avec l’association dont je suis membre et bien sûr avec ma famille.

Vous vous êtes lancé dans ce projet pour vous dépasser, mais aussi pour la bonne cause…

J’ai profité de cette tentative pour récolter des fonds pour une association de lutte contre les violences familiales pour laquelle j’avais bossé. Et c’est vrai que j’ai eu la chance d’être assez médiatisé, notamment par la presse locale, j’ai pu leur faire profiter de la visibilité de mon aventure. Ca donne un peu plus de sens qu’un défi pour le défi, et ça m’a aussi mis une petite pression !

« Je suis parti de chez moi aux alentours de 4h30 du matin, sous la pluie. Mais j’étais en très bonne condition et surtout très heureux. J’adore ce sentiment de solitude qui entoure les départs avant l’aube. » 

Racontez-nous un peu comment s’est passée cette sortie.

Le défi a duré 31 heures. Je suis parti de chez moi aux alentours de 4h30 du matin, sous la pluie. Mais j’étais en très bonne condition et surtout très heureux. J’adore ce sentiment de solitude qui entoure les départs avant l’aube. Le seul qui est venu me voir dès le premier tour, c’est mon frère. Il avait fait 50 bornes juste pour venir m’encourager, ça m’a fait chaud au coeur. Je dirais que pendant les 10/15 premières montées, les gens dormaient, j’étais assez tranquille. Puis ensuite les gens du village, dont certains que je ne connaissais même pas, ont commencé à se poster en bord de route pour m’encourager. Jusqu’à la 40ème montée, je me sentais bien physiquement, j’arrivais à parler aux gens, puis entre la 40ème et la 50ème, j’ai commencé à sentir que c’était un effort violent et à puiser dans mes réserves. Enfin, de la 50ème à la 65ème, c’était de la souffrance, j’avais des ennuis gastriques… C’était vraiment dur jusqu’à l’avant-dernière, puis ensuite la perspective de réussir m’a porté. Dans la dernière montée, tout s’est déroulé sans aucun problème, j’ai gazé. A mon arrivée en haut, il y avait des collègues, des amis, des inconnus qui m’ont acclamé. Enfin, toute proportion gardée, c’était pas la Flèche wallonne non plus !

Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

Je dirais que le plus dur a été de s’alimenter. Toutes les deux ou trois montées, je prenais une barre énergétique de céréales, j’alternais avec des boissons isotoniques et un bol de pâte réchauffé à la 6/4/2. Autant dire que ce n’était pas un grand plaisir. A l’arrivée, j’ai dévoré le gâteau à la crème qu’on m’a proposé alors que j’en mangeais plus depuis des années ! Mais après 30 heures à bouffer des barres énergétiques… Mais sinon, physiquement, ça s’est plutôt bien passé. Je me suis aperçu aussi après la course que j’avais un problème au poignet, c’est la seule douleur que j’ai ressentie. J’avais un ligament sectionné à l’intérieur de la main et un os cassé du fait d’une chute faite au mois de juillet.

Avez-vous un nouveau projet de la même trempe pour le futur ?

De la même trempe, non. Mais en avril de l’année prochaine, je voudrais parcourir l’Europe à vélo pendant deux ou trois mois en partant de Tarifa pour rejoindre la pointe nord de la Norvège. Ca va être très long, je vais devoir prendre des congés sans solde, mais le jeu en vaut la chandelle !

Source: https://fr.cyclingheroes.com/fr/blog/lhomme-qui-gravi-le-mur-de-huy-67-fois-daffilee

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